Le métro de LeningradGilles Macagno   Philippe Richard

On ne parle pas assez du métro de Leningrad. Ni des cochons qui héritent de fortunes considérables. A l'intention de ces derniers, nous avons souhaité dresser un petit vade-mecum des choses à faire et à ne pas faire – comme par exemple rencontrer des poules hystériques ou ouvrir un magasin de tondeuses à gazon. Exemples-type de mauvaises idées qui peuvent entraîner des complications que nous illustrons par le détail. Un porc, surtout s'il a une sensibilité développée, aspire à vivre libre, heureux et au grand air, et se passerait bien d'un parcours initiatique souterrain, pauvre métaphore de ses angoisses existentielles.

Accessoirement, cet ouvrage pourrait intéresser et divertir les humains petits et grands, même pauvres, et constituer le premier volume d'une longue série de manuels de savoir-vivre à destination des cochons fortunés.

couleurs G macagnocouleurs P Richard

SYNOPSIS


Un cochon a hérité d'une grosse somme d'argent qu'il trimballe dans deux valises. Après une visite chez un conseiller fiscal qui lui explique qu'il n'est pas imposable (après tout, ce n'est qu'un cochon), il essaye vainement différents moyens de se débarrasser de l'argent dont il n'a que faire, y compris en essayant d'ouvrir un compte en banque.


Sur un quai, il rencontre Camilla, une poule un peu excitée qui vient de s'échapper d'un transport de volailles. Fascinée par tout ce fric, elle tente de le convaincre de s'en servir (à défaut de lui donner à elle) pour s'éclater, ce qui n'intéresse pas le cochon, qui n'aspire qu'à une vie tranquille. Suivi par Camilla, il prend le bus pour retourner dans l'élevage bio où il vit clandestinement.


Dans l'élevage, Camilla s'ennuie ferme en jouant au Trivial Pursuit avec le cochon et insiste pour ne pas laisser l'argent inutilisé. Lors d'un repas des porcs de l'élevage, on se rend compte qu'ils forment un sorte de communauté évangélique bio intégriste. Sous la pression, notre cochon fait un rêve dans lequel il se voit chassé de l'élevage à cause de son "impureté" (l'argent qu'il transporte). A son réveil, il décide de partir tout seul – avec son argent.


De retour en ville, il voit un ancien grand magasin à vendre. Après une visite guidée par un proprio à la masse, il décide de l'acheter dans l'idée d'ouvrir un magasin de tondeuses à gazon, un vieux rêve. Il est rejoint par Camilla, qui en explorant les lieux découvre un ascenseur qui les invite à descendre dans les égouts. Le cochon se laisse tenter et suit un parcours de tunnels et canaux assez insolites et visiblement balisés, tandis que Camilla la poule, prenant peur, décide de remonter.


Le parcours débouche dans un monde souterrain où vit le peuple des taupes, dont le grand projet et la grande occupation est de construire une réplique du métro de Leningrad, incarnation mythique du progrès et de la perfection. Fait prisonnier, le cochon découvre progressivement la dure réalité : comme d'autres avant lui (ils sont toujours là), il est tombé dans le piège tendu par le propriétaire du magasin, qui est la "créature" des taupes. Celles-ci ont en effet besoin de personnel pour conduire les rames du métro (elles ont les pattes trop courtes pour atteindre les pédales).


Le cochon partage ses journées entre des stages de formation intensive de conducteur de métro, et la découverte du monde violent, bavard et puérile des taupes, qui, quand elles ne sont pas occupées par l'entretien et l'extension du réseau, passent leur temps à se promener en métro en discutant d'économie politique, ou à manger des nouilles sautées au restaurant chinois. Au cours d'un bal de taupes (avec loterie), il rencontre ses collègues conducteurs qui forment un petite bande d'expatriés ruminant leurs frustrations.


Alors qu'il conduit une rame, il a juste le temps de freiner pour éviter une forme attachée sur les rails : Camilla. N'ayant pu remonter par l'ascenseur, celle-ci a été prise après avoir erré un bon moment, et condamnée à mort, puisqu'elle a les pattes trop courtes pour leur être utile. Il la libère et la cache dans sa musette.


Décidé à sortir de là et conseillé par Camilla, le cochon fomente une grève parmi les conducteurs, tous victimes du magasin-piège (la vieille mère du propriétaire, un mafieux albanais, un jeune communicant, une beurette femme de ménage…). Une course-poursuite souterraine s'ensuit entre le petit groupe et les taupes déchaînées (parodie accélérée de rescue-story genre Tour infernale ou naufrage du Poséïdon). Remonté in extremis dans le magasin, ce qui reste du groupe (le cochon, Camilla et la vieille mère) se croit sauvé, quand le propriétaire, devenu tout à fait fou, tente de les noyer en ouvrant le robinet des lavabos. Sa mère le neutralise (Toi, mon gamin, t'as fait assez de conneries comme ça) puis propose au cochon, qui accepte, de lui racheter le magasin le double de son prix.


Le cochon, qui n'a toujours pas de nom, repart sur la route avec ses valises (il en a maintenant quatre), suivi de Camilla à qui il révèle l'origine de l'héritage (mais c'est écrit trop petit pour qu'on puisse bien lire – on distingue juste "…Trésor Secret des cochons…")



Précision : le scénario est écrit en entier, mais peut bien sûr évoluer. Dans sa forme actuelle, il occupe 46 pages.